Histoire de la ville de Barcelone

jeudi 11 août 2011
Partager cet article

L'histoire de la ville de Barcelone est très riche en évènements car cette dernière est l'une des plus anciennes d'Espagne. Deux versions existent pour déterminer l'origine de Barcelone qui aurait été fondée par Hercule selon la mythologie. Cependant, la possibilité qu'elle soit habitée avant cette période est ignorée. Néanmoins, des suppositions laissent croire que vers 230 av. JC, sur la colline de Montjuïc, le Carthaginois Hamilcar Barca aurait établi un camp. D'ailleurs le nom de la ville vient du nom de ce Carthaginois. Dans le Barri Gòtic actuel, les colonnes et la muraille, sont tous des vestiges prouvant qu'autour du mont Taber, les romains avaient fondé une ville assez importante du nom de Barcino. L'histoire précise que cette dernière tirant d'importants revenus de l'agriculture et de la pêche constituait une ville très prospère.

  • Les invasions

Les Francs et les Alamands, de 260 à 270 après JC dévastèrent Tarragone et Barcelone. Successivement, Suèves, Vandales, Alains, Germains et Wisigoths  envahirent pendant deux siècles la Catalogne.

Barcelone se voit rebaptisée en Barjalonah lors de l'appropriation de cette dernière  par les musulmans en 715. Ensuite en 801, c'est au tour du roi franc Louis le Pieux de s'emparer de la ville. Des vassaux originaires de la région vont être à la tête des comptés qui sont un vaste réseau établi par les Carolingiens. Se situant dans une zone tampon au sud des Pyrénées servant de bouclier en cas d'éventuelles attaques, dans la Marche d'Espagne, Barcelone devient une ville stratégique.

  • La naissance d'une autonomie

Les bastions catalans voisins incluant Barcelone sont conquis par le fils du comte d'Urgell Guifre le Velu, né en 865, avec ses frères. Le régime de vassalité avec le roi des Francs est rompu par le comte de Barcelone en 988. Cela marqua la toute première résolution indépendante catalane qui aura pour conséquence le resserrement des liens d'avec les comtés voisins. Par la suite la confédération catalo-aragonaise est née grâce au mariage entre le comte de Barcelone Raymond Béranger IV et Pétronille d'Aragon au XII. Annexant des territoires Naples et  grecs au XIVème siècle ainsi que la Sicile, Majorque, Valence, Sardaigne et Corse, cette confédération devient de ce fait une grande puissance méditerranéenne. Les marchés catalans sont enrichis par les échanges commerciaux établis avec le Proche-Orient, les pays de l'Afrique et du nord de la Méditerranée. La Generalitat est formée à la fin du XIVème siècle par Pierre III le Cérémonieux. Exerçant des fonctions en matière de finances, de droit et de politique, cette dernière est un organisme qui délègue les cortes ou assemblées. Notez également que l'autonomie de la ville de Barcelone s'est déterminée par la reconquête.

  • Le déclin

Malheureusement cette belle apogée catalane ne durera que jusqu'à l'avènement de deux évènements majeurs vers la moitié du XVème siècle. Le mariage de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille en 1469 donne espoir d'une unité entre la Confédération catalo-aragonaise et la Castille. Les échanges commerciaux sont également déplacés vers l'Atlantique à cause de la découverte de l'Amérique. Le premier épisode de la guerre contre le roi d'Espagne aboutissant à la capitulation de la Catalogne débuta par l'éclatement de la  révolte des Moissonneurs ou Revolta dels Segadors en 1640. La guerre de Succession s'invite au trône d'Espagne impliquant ainsi la Catalogne dans le conflit international en 1705. Dans leur soutien à l'archiduc Charles d'Autriche, lors du siège de Barcelone de  1714, les Catalans sont vaincus. Les structures administratives et juridiques de la Catalogne sont abolies par le décret Nova Planta instauré par Felipe V ou Philippe d'Anjou nouvellement intronisé  roi d'Espagne. Ce dernier, pour bien surveiller la ville, après avoir supprimé la Generalitat érige l'énorme fort, la Ciutadella. Au profit du castillan, la justice, l'administration et l'enseignement interdisent l'usage du catalan. Pour couronner le tout, la monarchie espagnole s'empare de la Catalogne.

  • La Croissance industrielle et la misère ouvrière

L'histoire de la ville de Barcelone témoigne également que dès le début de la croissance, en 1753, le quartier ouvrier de La Barceloneta est construit. L'économie de la ville est stimulée grâce à la levée de l'interdiction de commerce avec l'Amérique en 1778. Cependant la ville est marquée par la guerre « du Français » ou « guerra del Francès » qui n'est rien d'autre que Napoléon, au début du XIXème siècle. Tandis que la viticulture se développe, vers 1783, l'industrie du liège prend son essor à Barcelone. Le développement économique de la ville est freiné par les guerres « carlistes » pour quelque temps. Il est cependant repris en main avec une nouvelle dynamisation de l'industrialisation dans la seconde moitié du XIXème siècle. Cette industrialisation prend un grand essor avec les nouvelles machines à vapeur prenant  le relais des chevaux et celles à tisser. Cette nouvelle donne a pour conséquence la pauvreté dans les quartiers populaires, la malnutrition et les maladies chez les enfants et l'insalubrité dans les logements. Ce qui aboutit inévitablement à des révoltes avec une sanglante répression. Pour baisser les tensions sociales, des systèmes ouvriers plus humains sont inventés par le mécène de Gaudí et Eusebi Güell en la création de colònies industrials. Il s'agit de regrouper à l'intérieur d'une même enceinte la maison du directeur, l'usine, les maisons des ouvriers, l'école et l'église. Pour compléter, les enfants des ouvriers, avec cette nouvelle formule de sortie de crise, bénéficient d'un enseignement gratuit.

  • L'extension et l'exposition universelle

Etant donné que la population de Barcelone augmentait de 28% par an, la nécessité d'agrandir la ville s'imposait. Pour ce faire, en 1859, on ouvre un concours pour dessiner les futurs plans de cette dernière. Pour l'Eixample ou l'Extension, le projet d'Idelfons Cerda sort gagnant du concours. Le plan devait être caractérisé par un cadre aéré par des parcs et des jardins public, le tout dans un quadrillage régulier. Malheureusement, les espaces verts sont noyés par de belles maisons de style moderniste qui poussent de partout à cause de la spéculation immobilière. Profitant de cette occasion, Barcelone frôla la ruine  en accueillant l'Exposition universelle en 1888. D'ailleurs c'est à la même époque que les deux célèbres monuments historiques ont été érigés. Il s'agit bien entendu de l'Arc de triomphe et du monument décerné à la gloire de Christophe Colomb, l'Avingunda del Parallel.

  • La Renaixença

La relance économique de Barcelone est amorcée grâce à l'exportation du liège et du vin. Le moteur de l'économie catalane devient ainsi l'industrie du textile du fait de l'investissement des bénéficies de ventes dans ledit secteur. Côté culturel, au milieu du XIXème siècle, le romantisme européen et la Renaixença constituent un mouvement social et littéraire naissant. A travers le romantisme européen et la Renaixença, le catalan est ressuscité à travers les journaux, les poèmes et les magazines écrits en cette langue qui n'était jusque là que parlée et qui était interdite pendant longtemps dans l'administration et dans l'enseignement. Grâce aux intellectuels, le réveil de la « catalanitude » est rendu possible. Barcelone se distingue aussi en étant le plus beau théâtre du mouvement artistique né du modernisme.

  • L'anarchie, les grèves et le coup d'Etat

L'histoire de Barcelone, c'est aussi cette étape dominée par d'innombrables attentats anarchistes. Les thèses anarchistes séduisent de plus en plus les catalans qui jusqu'au début du XXème siècle deviennent des acteurs de théâtre d'attentats anarchistes. Cette situation dominée par de nombreuses explosions partout dans la ville lui vaut le surnom de « la Rose de Feu ». Après avoir accueilli de pauvres paysans portoricains, espagnols et cubains, la ville de Barcelone compte désormais en 1900 cinq cent milles habitants. Une révolte éclata à la suite de la décision de Madrid d'envoyer des Barcelonais au Maroc en 1909. C'est la panique générale qui durera une semaine appelée la Semana trágica pendant laquelle des ouvriers sont exécutés et des dizaines d'édifices religieux saccagés. La création de la mancomunitat de Catalunya en 1914 permet de réunir quatre provinces catalanes. Ce régime est caractérisé par un parlement sans pouvoir réel mais rend inévitable la création un Etat catalan au sein d'une fédération espagnole. L'état de guerre étant déclaré à la suite de violentes grèves des années 1919 et 1920, le nombre de morts atteint 229 personnes. S'ensuit une dictature de 7 ans imposée par le capitaine général de Catalogne Miguel Primo de Rivera suite à son coup d'Etat. Ce dernier est à l'origine de l'interdiction du puissant syndicat anarchiste CNT, de la mancomunitat et du symbole de la catalanitude, le football-club de Barcelone. En appuyant la candidature de la ville pour accueillir la nouvelle Exposition universelle de 1929 à Montjuïc, Miguel Primo de Rivera joue un rôle important dans la construction record du Palais National pour la cérémonie d'ouverture. Cet édifice de construction néoclassique devient plus tard le museu nacional d'Art de la Catalogne.

  • La guerre civile

La République de Catalogne est proclamée par Lluís Companys et Francesc Macià, nationalistes de gauche catalans après la chute de Rivera en 1930. A partir de là, la Generalitat, un nouveau gouvernement régional naît. Une situation pour le moins utopique puisque le pouvoir est toujours contrôlé par Madrid. Une seconde proclamation de l'Etat catalan de la fédération espagnole est tentée par le successeur du président Macià mort, Lluís Companys. La réplique fut terrible avec une condamnation à 35 ans de prison des membres de la Generalitat par Madrid. Mais, pour peu de temps, une réelle autonomie existe à la Catalogne après la restauration de la Generalitat et la libération des prisonniers suite à la victoire aux élections de 1936 du front populaire. Cet espoir est perdu à cause du soulèvement de l'armée d'Afrique au Maroc et du ralliement aux places militaires en Espagne par Franco. Les batailles sanglantes deviennent monnaies courantes après le front de l'Ebre déclenché par l'offensive d'Argon des nationalistes franquistes en mars 1938. La ville est abandonnée en fin 1938 par les forces catalanes au profit des nationalistes.

  • L'ère Franco

L'impitoyable répression cause la mort de près de 200 000 catalans et 200 000 autres s'exilent sous l'ère Franco. La Gestapo livre Lluís Companys aux autorités espagnoles, alors refugié en France et c'est sur la colline de Montjuïc qu'il sera fusillé. Toujours sous l'ère Franco, et dans la rue et dans les écoles, le catalan est banni. Au cours d'une visite de Franco à Barcelone, l'opposant, le docteur Jordi Pujol, pour avoir chanté un air catalaniste, se voit emprisonné en 1960. Dans le but de soutenir l'économie catalane, une banque fut fondée trois ans plus tard. C'est dans le cadre de l'organisation des dernières années du régime franquiste qu'est créée en 1971 l'assemblea de Catalunya. Pour riposter, des militants scandent « Amnistie, Liberté, Autonomie » mais leur rêve ne se réalisera qu'à la mort du dictateur en 1975.

  • La révolution olympique

Les Jeux olympiques de 1982 se dérouleront dans la ville de Barcelone. Ce qui implique l'amélioration des voies d'accès et de la construction d'hôtels. Ainsi le port est réorganisé et agrandi, les façades ravalées, les rues et plages nettoyées, etc. D'ailleurs jusqu'à nos jours, d'intenses activités artistiques et culturelles se démarquent dans la métropole. Barcelone devient une destination touristique privilégiée après les Jeux qui ont permis le réveil de la ville entièrement métamorphosée. De nombreuses manifestations continuent de secouer la ville catalane lui redonnant sa vivacité et son dynamisme. De nombreuses célébrations se succédèrent dans la ville à savoir celle dédiée au sport et aux sciences en 2007, à la gastronomie en 2005 et en 2006, au Forum et au Dalí en 2004 et du Gaudí en 2002.

  • L'autonomie

L'histoire contemporaine de la ville de Barcelone montre une région disposant du droit de s'autogouverner  avec ses 17 «régions et nationalités autonomes ». Néanmoins, il faut nuancer cette autonomie car bien qu'elle soit libre de gérer l'urbanisme, les affaires sociales, le tourisme, la culture et le commerce, la Generalitat se partage la gestion de l'énergie et des transports avec le pouvoir. C'est le gouvernement de la Catalogne qui perçoit auprès de l'Etat, les impôts spécifiques majorés d'un tiers de l'impôt sur le revenu. En 2006, l'autonomie de la Catalogne est renforcée par l'adoption d'un référendum portant sur un nouveau statut. Un autre pas vers une autonomie encore meilleure est concrétisé par le regroupement des îles Baléares et des régions Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Catalogne dans le cadre de la création de l'euro-région  Pyrénées-Méditerranée. Depuis 2008, date de  la signature de la convention du Groupement européen de coopération territoriale, des projets de coopération territoriale cofinancés par l'Union européenne peuvent être mis en place par la Catalogne.

A lire dans la même catégorie